Day 2
Une Guiness. Ou huit, je sais plus trop bien. Au bar, avec les autres Suisses, pour fêter la qualif pour le day 2. Au vu des événements, je me sens un peu euphorique d'avoir passé le cut; je sens en moi une joie que je n'avais plus identifiée depuis mes nombreuses présences sur les terrains de foot. J'ai rien gagné, mais je suis encore là, c'est ce qui compte. La journée qui vient de s'écouler a fait tomber plusieurs têtes au sein du clan helvète. Ainsi, Blueberry, Tipex (qui perd AK trois fois de suite (!)) et Pyt, entre autres, ne seront pas des nôtres pour le lendemain. La bonne nouvelle et la petite fierté patriotique vient du chipcount: Charly, le petit-cousin, est troisième en jetons, alors que Cynthia tient fermement le lead. On peut faire pire pour un petit pays comme le mien...
Une dernière pinte et je prie pour que mon binôme de chambre passe une nuit tranquille. Hélas, cent fois hélas, la bière aura raison de la sérénité de son sommeil. Je ne dors pas plus que la veille. Pleine forme pour le deuxième jour ! Petit déj' en forme de burger au pub de l'hôtel, cigarette(s), salutations d'usage à tous les visages connus la veille et à la cohorte suisse, cigarette(s) et route vers la grande salle. On m'attribue la table 21. Je m'y assieds, y reçois mon chipbag. Oui, ils sont tous là. Pas trop difficile de les compter, il n'y en a que 35k. Les joueurs arrivent peu à peu et complètent les sièges vides autour du tapis vert. Trois d'entre eux sont aussi ou plus short que moi, tandis que les autres affichent fièrement des montants plus élevés que la moyenne (env. 80k à ce moment-là). Assise deux rangs à ma droite, je reconnais
Benjo, une de mes idoles en matière de coverage et de blog. Comme je ne le connais pas, je me dis qu'il faudra que j'aille plus tard lui dire bonjour et, si possible, tailler le bout de gras... Chose que je ne ferai jamais.
Nous reprenons à 1,2k/2,4k/200. Un tour de table complet sans trouver de cartes et deux shorts sautent. Encore un demi-tour avant de trouver ma première main potable de la journée, je suis UTG+2 et je lève


. Il ne me reste qu'un peu moins de 29k, je décide de boîter et
alea jacta est. Personne ne paie, je prends les blinds et les antes. Ça y est, je me suis libéré de cette tension, j'ai mis tous mes jetons et mon tournoi au milieu pour la première fois aujourd'hui et je suis toujours en vie. Une orbite plus tard, je suis de BB quand un short pousse. Tout le monde passe, je zieute


au creux de ma main. Chipcount, j'ai 29k, le short 25k. Easy and insta call. Il abat ses cartes...


. Un flip. Un banal flip pour rester en vie. L'as au flop me fait bondir. La suite ne viendra pas troubler cet élan, je (presque) double sur ce coup. Next hand, SB, une poubelle, fold.
Alors que j'empoigne mon portable pour annoncer mon double up au reporter suisse, je suis interrompu par le croupier qui me signifie que c'est à moi de jouer. Shit, pas le temps de finir le texte. Je pose le téléphone et soulève mes cartes...


. Wow, serait-ce mon jour? J'ai à peu près 60k et un Français en MP a raise à 7'000. Son premier raise de la journée. Je veux régler ce coup maintenant. S'il est bien, je suis sûrement mieux que lui. S'il est moins bien, il passera et j'empocherai le pot en l'état, me mettant ainsi dans la moyenne. Je veux l'isoler et lui mettre la pression. Bon, 3bet. Là, tout s'enchaîne assez vite. Les chiffres se bousculent dans ma tête. Si je 3bet pour 20k+, il me restera 35-40k, en cas de call, pour jouer un pot qui ferait disons 22k+22k+1,2k+2,4k+2k d'ante, soit 59,6k. Jouable pour boîter any flop. Le problème serait l'apparition d'un as sur les trois premières cartes du tableau. Je tank un peu et décide de 3bet pour mon tapis. Le Français se tortille sur sa chaise en même temps que ses yeux sont à deux doigts de sortir de leur orbite pour tomber et rouler sur la table... Alors que je l'observe, SB passe et... silence à la BB. Qui annonce all in après 10 secondes de mutisme. J'en crois pas mes oreilles, ça, ça n'était pas prévu au programme...
Je sais, à ce moment, que je suis froid. Le Français, ouvreur initial, est visiblement très nerveux et finit par passer


face up; ce qui renforce mon impression de fin de tournoi. Je pose mes kings sur la table et BB y dépose ses... flèches! Il me couvre de 5k, si je n'inflige pas de bad beat, c'est la sortie. Je me lève. La table ayant fait des "ooohh" et des "aaahhh", le floor s'en approche pour voir ce qui s'y passe. Voyant les cartes découvertes, il prend le micro pour commenter le coup sur les haut-parleurs de la salle. S'te plaît, fais pas ça... Une-deux caméra se joignent à nous, ainsi qu'une petite dizaine de curieux. Je vais sortir maintenant, devant tout le monde. Je prie pour un roi qui ne viendra jamais. Je prends un bon pain dans la gueule et, quand je rouvre les yeux, je suis assis dans un fauteuil, près du bar de l'hôtel. Out, fini. Putain de config'. Putain de kings. Putain de tournoi.
En passant à 120k sur ce coup, ce que j'aurais certainement fait contre les dames du Français, je me serais remis en course de bien belle manière. Je me serais situé plus haut que la moyenne pour encore vivre quelques heures de jeu palpitantes à n'en point douter. Mais non, l'invité surprise a tapé l'incruste pour briser mon parcours. Warf... Sick! À la question du reporter suisse pour recueillir mes impressions, je lâche: "quelle jeu de merde...". Je veux aller au lit.
-à suivre, les anecdotes dublinoises...-